De Lyon à Istanbul, en passant par Athènes,… EuroLeague France a suivi la plus grande légende française de l’histoire de l’EuroLeague dans les tout derniers mois de sa carrière. Nous avons récolté des dizaines de témoignages de ses proches en exclusivité, des joueurs et des coachs qui l’ont côtoyé dans ses derniers matchs, de ses supporters,… Ils racontent. Il raconte. Récit.
Episode 2 : Les retrouvailles enchantées avec le Fenerbahçe
(L’épisode 1, l’épisode 3 et l’épisode 4 également disponibles)
A Istanbul, Nando De Colo venait écrire la fin de son histoire avec l’encre et la plume qu’une telle carrière méritait. Il venait rattraper le temps perdu dans les bas fonds européens, reprendre sa romance inachevée avec le Fenerbahçe.
Déjà sous les couleurs jaune et bleu de 2019 à 2022, le Magicien n’avait pas manqué d’illuminer la mégalopole turque par ses tours éclatants. “C’était un régal de le côtoyer, se souvient Léo Westermann, l’ancien international français aux 28 sélections, qui a partagé le terrain avec le Maestro sous la tunique stambouliote pendant deux ans. Bien sûr, son professionnalisme, dont tout le monde parle, me marquait, mais au-delà de ça, il y avait cette touche de génie qui ne s’invente pas. Des choses qu’on voit rarement sur un terrain de basket. C’était un joueur pour lequel tout le monde aurait payé sa place.”
En octobre 2019, pour son premier match à domicile en EuroLeague sous le maillot du Fener, un mois après son arrivée à Istanbul, Nando avait régalé le public de l’Ulker Sports Hall avec une performance majuscule à 39 points contre Baskonia. Un total qui restera pour toujours son record en carrière dans la compétition reine du Vieux Continent. “Des actions plus belles les unes que les autres. C’était exceptionnel, nous raconte Léo Westermann, également sur le parquet ce soir-là. Mais c’était du Nando tout craché, il te donnait l’impression que c’était normal; une journée de plus au boulot.”

Un premier passage marquant dans le district de Kadıköy, où il avait éclaboussé l’Europe de son talent, dans la foulée de ses années glorieuses au CSKA Moscou avec lequel il était monté sur le toit de l’Europe à deux reprises. Mais un passage à Istanbul, qui, malgré les attentes, ne l’avait jamais vu atteindre les mêmes hauteurs qu’en Russie.
Lors du Final Four d’Abu Dhabi, fin mai 2025, Nando De Colo était encore bien un joueur de l’Asvel lorsqu’il assistait au sacre du Fenerbahçe. Nous profitions alors de sa présence dans le désert émirati, alors que l’EuroLeague lui rendait hommage comme l’une des 25 plus grandes légendes de son histoire, pour lui demander s’il avait quelconque regret dans sa carrière. Et, pourtant loin d’avoir ce scénario en tête, l’arrière français nous sortait spontanément cette réponse : “C’est compliqué de vivre avec des regrets. Je pense que la vie est faite de choix et qu’il faut les assumer. Maintenant, je pense que ça m’aurait fait vraiment plaisir de pouvoir faire un Final Four avec le Fenerbahçe.”
Tantôt stoppé par le Covid, tantôt gêné par les blessures, ce Fenerbahçe version 2019-2022 n’avait jamais atteint le dernier carré, l’événement suprême de l’EuroLeague.
TOUS SOUS LE CHARME
Alors en ce mois de janvier 2026, cette phrase lâchée dans la capitale émiratie reprenait tout son sens, et c’était en quête d’une fin de carrière sans le moindre regrets que Nando et ses nouveaux coéquipiers se lançaient. Arrivé en Turquie mi-janvier, l’ancien Villeurbannais devait attendre deux mois et 17 matchs pour connaître une première défaite sous son nouveau maillot. Son entraîneur, Sarunas Jasikevicius, tombait sous le charme : “C’est comme avoir un coach sur le terrain. Des joueurs comme lui, il n’en reste plus beaucoup. Lorsqu’on lui demande quelque chose, c’est comme si c’était fait. Il n’y a pas de surprises avec lui : on reçoit exactement ce qu’on attend. Depuis qu’il est là, on reçoit tout ce pourquoi il est célèbre depuis 15 ans en EuroLeague.”

Nando De Colo s’imposait comme la nouvelle figure d’expérience de l’effectif stambouliote, à la manière d’Errick McCollum, vétéran de 36 ans, qui avait rejoint le club un an plus tôt et qui avait été décisif dans la quête de l’EuroLeague. “Jasikevicius a compris qu’il avait besoin de cette dose d’expérience pour donner un coup de boost sur la fin de saison. Sauf que Nando De Colo, c’est deux voire trois niveaux au-dessus de McCollum, nous indiquait Alain Digbeu, l’ancien international français, aujourd’hui basé à Istanbul, au moment du transfert. Tout le monde était très content de revoir Nando sous les couleurs du Fener. Lui-même l’a dit, s’il doit boucler la boucle, c’est ici.«
L’animation offensive du Fener s’en trouvait transformée. Et les nouveaux coéquipiers de l’arrière découvraient comme une nouvelle vie sur le terrain. “Il rend les choses faciles pour les joueurs qui sont avec lui sur le parquet”, notait le meneur Wade Baldwin. “Avec Nando, ça commence déjà en dehors du terrain. Juste de le voir à l’entraînement, regarder comment il se prépare, ça aide à se mettre directement dans le bain. C’est quelqu’un que je veux toujours continuer à regarder et imiter”, louait, de son côté, l’arrière Talen Horton-Tucker.

DANS LA FOLIE STAMBOULIOTE
Et c’est tout le peuple du Fenerbahçe qui replongeait volontiers dans la féérie De Colo. Acclamé dès son premier match, Nando ne manquait pas de preuves d’amour de la part de ses supporters. En retrouvant Istanbul et sa passion démesurée, l’arrière avait atterri dans un autre monde, sur le terrain comme en dehors.
“A Lyon, je pouvais me balader, tranquille. Là, à Istanbul, c’est différent ! commence à nous raconter Nando. Une fois, j’attendais mes filles à l’école, il y a carrément un automobiliste qui s’est arrêté, qui a créé un embouteillage dans la rue pour sortir et venir prendre une photo avec moi ! Une autre fois, j’étais dans ma voiture, un jeune passait et s’est mis à me regarder en faisant un cœur avec les mains. On est allé une fois au Grand Bazar avec ma femme et des amis, j’ai passé pratiquement l’après-midi à faire des photos. Un autre jour, à l’aéroport : un gars m’a reconnu et m’a dit de venir dans sa boutique pour me servir un cappuccino et il a refusé que je paye. Et il y avait toujours le respect, je n’ai jamais eu de problème. J‘ai même déjà eu des personnes qui sont venues me dire ‘’je suis fan de Galatasaray, mais je t’aime beaucoup en tant que joueur.’’”
Lorsque l’arrière accompagne ses amis dans les quartiers touristiques de la ville, les fameux marchands de glace stambouliotes s’exclament « oh mais c’est Nando De Colo du Fenerbahçe ? » avant de rajouter une boule gratuite à la coupe commandée. Quelques mètres plus loin, un jeune déjà venu demander sa photo quelques minutes plus tôt revient avec son père en appel vidéo, et passe le téléphone à Nando pour qu’il puisse lui parler.

Une folie totale. Parmi les supporters, l’un d’entre eux avait même nommé son compte twitter en l’honneur du Français, son idole, bien avant qu’il ne signe au Fener en 2019. Étudiant à Istanbul, “Yiǧit De Colo”, 20 ans, était aux anges au moment de son retour. “Pendant que les rumeurs de sa signature au Fener faisaient surface, je me remettais les anciennes vidéos de lui sous le maillot du Fener. A la maison, n’importe où, je chantais les chants qu’on lui chantait à l’époque”, nous raconte l’internaute turc. Quelques jours après le transfert, le club avait alors organisé une rencontre entre le fan et son héros : “J’ai presque fait un arrêt cardiaque. C’était l’un des plus beaux jours de ma vie”.
RETROUVAILLES FAMILIALES
Au milieu de cet engouement, Nando, lui, restait fidèle à lui-même, dans son calme et sa sérénité habituelle. Il connaissait trop le chemin vers le sacre pour en oublier la difficulté et se voir champion d’Europe avant l’heure.
En attendant, l’arrière reprenait la bonne habitude de voir les victoires défiler, trois ans et demi après. Le professionnalisme du monsieur avait rendu la réadaptation à cette nouvelle exigence facile, mais forcément, les sensations n’étaient pas les mêmes. “Ma deuxième fille avait beaucoup de compassion pour moi quand on était sur des séries de défaites avec l’Asvel, nous dévoile Nando. Je rentrais du match et le matin c’était : ‘’bon vous avez encore perdu, c’est pas grave’’. Là, dès qu’on est arrivé au Fener, tout de suite c’était : ‘’vous avez encore gagné ! c’est bien. Depuis que t’es là vous avez pas perdu !’’”

Sa chère famille, restée en France tout le mois de janvier pour préparer le déménagement, le rejoignait finalement à Istanbul mi-février, après plus d’un mois à vivre séparé. Un mois où le père de famille suivait en visio les matchs de ses filles ; un mois déjà bien trop long.
“Nando a signé son contrat et trois jours après il est parti, nous raconte sa femme. ça, ce n’est pas possible quand on a trois filles. Heureusement qu’on est pas parti tout de suite. Ce mois nous a permis de tout préparer : couper l’école des filles, regarder s’il y avait des places dans les écoles à Istanbul, trouver une solution pour les chiens, les contrats de téléphone, les contrats de location, faire l’état des lieux… tout ce qu’on ne voit pas derrière le basketteur professionnel.”
La petite famille arrivait juste à temps pour la finale de Coupe de Turquie, premier titre acquis par le Fenerbahçe depuis l’arrivée de Nando. Et il n’était pas dans les plans de Sarunas Jasikevicius et ses hommes de s’arrêter là.
UN HOMMAGE AVANT LES PLAY–OFFS
Pendant ce temps, à l’autre bout de l’Europe, l’Asvel peinait sans son Maestro. Pierric Poupet et les siens ne récoltaient que deux petites victoires sur les 19 dernières journées d’EuroLeague. “On l’a vécu douloureusement, nous confiait l’entraîneur. On a été orphelin de Nando pendant un temps, et puis on a essayé autant que possible d’avancer, de construire une nouvelle équipe avec une nouvelle identité. Mais Nando, on lui souhaite le meilleur. On a essayé de se nourrir au quotidien pendant les quelques années qu’il a passées avec nous.”
Ce qui n’empêcha pas le club rhodanien de réserver un hommage appuyé au moment des retrouvailles. Car, comme un clin d’œil du calendrier, Asvel et Fenerbahçe s’affrontaient pour la dernière journée de la saison régulière d’EuroLeague. De quoi offrir à Nando De Colo une dernière soirée de basket sur le sol français avant de raccrocher. Bien qu’indisponible à cause d’une légère blessure à la cuisse, l’arrière faisait finalement le déplacement jusqu’à Lyon, sous l’insistance de sa femme mise au fait de la surpise que l’Asvel lui réservait.

Dans les travées de la LDLC Arena, ce soir du 16 avril, les maillots noir et blanc et jaune et bleu se mélangeaient. Mais tous avaient un point commun : un numéro 12 dans le dos surmonté du nom de la “légende, il n’y a pas d’autres mots”, comme le formulait le speaker Pierre Salzmann-Crochet, au micro de la rencontre. Une vidéo de ses plus beaux moments sous les couleurs villeurbannaises était diffusée sur l’écran géant, suivie d’une standing ovation de la part des 12 000 spectateurs présents.
Au centre du terrain, l’ancien du club, larmes au bord des yeux, recevait un cadre des mains du capitaine rhodanien David Lighty et de son ami Edwin Jackson, avant d’être rejoint par sa famille, sans que les applaudissements ne s’interrompent. “Je ne m’attendais pas à être aussi émue. C’était trop beau”, nous témoignait sa femme Vero. Une parenthèse d’émotions pour Nando, avant de basculer en mode play-offs. Ce pourquoi il avait traversé l’Europe, la raison pour laquelle le Fenerbahçe avait fait appel à lui. La période de l’année pour laquelle cette caste de joueur est taillée. “C’est un gagnant. Sur et en dehors du terrain. Même quand on est à la maison ou en vacances et qu’on commence un jeu, il fait tout pour gagner. Il est à fond, il ne se relâche jamais. Ça donne lieu à des petites frictions de temps en temps mais c’est toujours marrant”, nous révèle Léo Westermann. Alors sur le terrain, l’histoire ne pouvait se terminer par un dernier match de saison régulière.

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