De Lyon à Istanbul, en passant par Athènes,… EuroLeague France a suivi la plus grande légende française de l’histoire de l’EuroLeague dans les tout derniers mois de sa carrière. Nous avons récolté des dizaines de témoignages de ses proches en exclusivité, des joueurs et des coachs qui l’ont côtoyé dans ses derniers matchs, de ses supporters,… Ils racontent. Il raconte. Récit.
Episode 3 : la désillusion athénienne… avant le titre final
(L’épisode 1, l’épisode 2 et l’épisode 4 également disponibles)
Quatre ans qu’il n’avait plus connu ça : les play-offs d’EuroLeague. L’adrénaline des phases finales, l’odeur de la poudre, le parfum du titre qui vient titiller les narines. Mais l’envie de tout gagner ne l’ayant jamais quitté, le Nordiste se montrait tout à son aise dans ces matchs à enjeux, comme s’il n’avait jamais perdu l’habitude de ces rendez-vous. “J’ai toujours eu cette mentalité, même à l’Asvel, d’aborder les jours les uns après les autres de la même manière, c’est-à-dire pour ce qui peut nous arriver de mieux.”
Face au Fenerbahçe : les Lituaniens du Zalgiris Kaunas, emmenés par Sylvain Francisco, l’un des meilleurs représentants de cette nouvelle génération bleue qui brille en Europe, dans les pas de son pionnier. Le meneur francilien était d’ailleurs passé tout proche de devenir MVP de la prestigieuse ligue européenne et d’être le successeur de Nando De Colo, seul Français décoré de la distinction dix ans plus tôt.

Comme chaque année, l’ambiance de l’Ulker Sports Hall d’Istanbul montait d’un cran pour les play-offs, alors que les Jaune et Bleu se lançaient à la défense de leur titre. Avant le deuxième match de la série, le club mettait en scène un show d’avant-match spectaculaire, monté sur le morceau “One More Time” des Daft Punk : en route vers le sacre, une fois de plus. Et le maestro français tenait la note donnée par le duo tricolore, et imposait son rythme sur ce match 2 avec une nouvelle performance étincelante à 16 points, marquée par une symphonie derrière l’arc. Quelques jours plus tard, les Stambouliotes l’emportaient 3-1 dans la série, à l’expérience, et se qualifiaient pour le Final Four.
FIN CRUELLE
Ce Final Four que Nando De Colo désirait tant goûter avec le blason du Fener sur le cœur : il était là. Mais la légende ne s’éternisait pas sur cette émotion, les yeux déjà tournés vers la suite. “C’est génial, c’est génial, on ne va pas se mentir. C’était l’objectif quand j’ai rejoint l’équipe. Aujourd’hui, on y est, donc cet objectif est un peu derrière moi. Maintenant, j’en ai d’autres”, nous confiait-il à l’approche du dernier carré.
A ce moment précis, il ne restait plus que deux marches à gravir pour monter sur le toit de l’Europe une troisième fois. Le rêve formulé quatre mois plus tôt n’avait jamais été aussi proche de devenir réalité. Sans se précipiter ni y penser avant l’heure, Nando désirait plus que tout vivre un tel moment.”Ça serait incroyable de partager ça avec mes filles”, nous soufflait-il, quelques jours avant.
Des trois filles De Colo, seule l’aînée, Lola, née en 2014, a pu vraiment connaître un des titres européens de son père, en 2016 et 2019. La deuxième, Alicia, n’avait que 5 jours lors du second sacre. “Ça me ferait vraiment plaisir que les petites puissent vivre ce que la grande a vécu à Moscou, les années dorées de leur papa. Qu’elles connaissent les play-offs, et les ‘’paillettes qui tombent du ciel’’, comme elles disent, lorsqu’il y a un titre”, nous exprimait la maman.

Malgré l’incroyable histoire qui aurait pu s’écrire, le personnage principal ne voulait définitivement pas faire de cette dernière danse un film. Et d’ailleurs, le scénario hollywoodien rêvé n’est finalement pas celui qui se produisit. A Athènes, théâtre de choix de ce Final Four 2026, le Fenerbahçe ne connut pas le même sort qu’un an plus tôt à Abu Dhabi, privant son arrière de la sortie légendaire tant imaginée.
Seize ans après ses premiers pas dans la compétition, Nando De Colo disait adieu à l’EuroLeague sur cette demi-finale perdue contre l’Olympiakos. Cette équipe qui avait pensé un temps à le recruter cinq mois plus tôt; cette équipe que son frère d’armes en équipe de France, Evan Fournier, finissait par conduire vers le titre, deux jours plus tard. « C’est dur, c’est dur de l’éliminer, ça ne me fait pas plaisir, nous lâchait Fournier, à la sortie de la demi-finale. Pour moi, Nando, c’est un ami, un partenaire avec qui j’ai adoré joué, un grand gagnant, un grand professionnel aux côtés de qui j’ai appris. Avec ce qu’on a vécu ensemble on a une connexion à vie. »
Ce 22 mai 2026, dernier soir européen de la vie de Nando De Colo, la légende menait un récital bien trop soliste. Des champions en titre, il ne restait plus grand chose sur le parquet de l’Oaka Arena. Le Français était l’un des seuls à trouver la solution face à un Pirée beaucoup trop puissant. Il bouclait sa demi-finale avec le meilleur plus/minus de l’effectif stambouliote : +3 (seul Tarik Biberovic était aussi dans le positif, avec +2). Jusqu’à la 18e minute de la rencontre, le Fenerbahçe avait même été dans l’incapacité d’inscrire un panier sans qu’il ne soit présent sur le parquet.

Alors que la défaite se profilait, il ne commettait ni sa cinquième faute, ni ne demandait à son entraîneur de le sortir en fin de match, pour s’offrir l’ovation méritée du public, fidèle à sa modestie naturelle. Non, il restait sur le parquet jusqu’à la fin de la rencontre, déambulant sur le parquet, tête baissée, alors que les dernières secondes s’égrainaient.
Au buzzer final, Nando cherchait du regard sa famille dans les tribunes, puis la saluait d’un baiser à distance, la gorge nouée, avant de rentrer aux vestiaires. Là, il glissait quelques mots aux journalistes présents : “Évidemment, j’aurais aimé que ça se finisse autrement, mais ça m’a fait plaisir de pouvoir participer à ce Final Four. Il y a beaucoup d’émotions. On aura le temps d’y repenser.”
Sarunas Jasikevicius, l’homme à qui était donc revenu l’honneur d’orchestrer les derniers tours de magie du Maestro, concédait un dernier hommage au soir de l’élimination : « J’ai déjà tellement parlé de Nando… qu’est-ce que vous voulez que je dise de plus ? On pourrait parler de Nando pendant des heures. C’est l’un des meilleurs. Il n’y a qu’à voir son dernier match. Une carrière incroyable ».
DE L’HÔPITAL AU TITRE DE CHAMPION
Mais une fois sorti du champ des caméras, la déception finissait de le ronger. L’incroyable compétiteur qu’est Nando espérait forcément mieux. Le soir, à l’hôtel, il se posait avec Nicolo Melli pour revenir sur le match. Les deux expérimentés du vestiaire partageaient le même constat : le Fener ne s’était pas bien préparé. Le Maestro avait-il la sensation d’avoir été lâché par ses coéquipiers ? « C’est possible. Je pense qu’il y avait un peu d’amertume par rapport à ça”, nous glisse-t-on dans son entourage.
Un coup sur la tête. Dans la foulée, le Nordiste tombait malade, passait plusieurs jours à l’hôpital et perdait cinq kilos, alors que l’attendaient les phases finales du championnat turc. Le contre-coup de la défaite européenne ? L’intéressé ne veut pas faire le lien, sa femme se pose la question.
Mais Nando ne pouvait terminer sans avoir la balle dans les mains. Cette issue cruelle ne pouvait être la fin. Il revenait en pleine série des finales contre le Besiktas, prenant part aux trois victoires de son équipe contre le rival. Et les paillettes finiront bien par tomber du ciel, un mois après le Final Four malheureux, pour le titre de champion de Turquie remporté, sans surprise, par le Fenerbahçe. Elles tomberont du toit du Sinan Erdem Dome, l’historique salle d’Istanbul, sur la rive européenne du Bosphore, que Besiktas avait réquisitionné pour l’occasion et qui restera donc le dernier théâtre dans lequel le Magicien se sera produit.

Ses parents, sa grande sœur, étaient venus l’entourer. Puis ses amis proches lui avaient fait la surprise de débarquer à Istanbul pour cet ultime rendez-vous. Sur le parquet, après l’incroyable tir de Tarik Biberovic qui avait offert la victoire finale au Fener, la légende ne se laissait pas submerger par l’émotion. Pas de larmes, pas de tristesse. Mais un sentiment de sérénité. Un certain soulagement même. Heureux surtout, profitant de ce moment avec les siens. Puis le capitaine, Melih Mahmutoglu, transgressait les codes habituels du protocole et invitait alors le néo-retraité à soulever la coupe avec lui, au-devant de la foule de photographes.
Ce n’était certes pas le titre espéré, mais il avait le mérite de mettre une trophée dans les mains de Nando De Colo au moment de quitter son dernier terrain de basket. Un 21e trophée en carrière. Dans ses mains, et dans celle de ses filles évidemment.

A cet instant, ses proches commençaient à réaliser, tout doucement, que ça y est, ils ne verraient plus leur Nando en tenue sur un terrain. En quittant le parquet, son coéquipier Mikaël Jantunen lui adressait une tape amicale sur l’épaule, en lui glissant : ‘’Allez Nando, tu nous fais une saison de plus ?’’. La sollicitation n’aura pas la réponse attendue.
Quelques jours plus tard, en y repensant à tête reposée, le néo-retraité y revient : « En soi, une ou deux saisons de plus, j’aurai pu les faire. Mais s’arrêter là c’est le bon timing et il faut penser à la famille à côté ». Cette sortie, sur une dernière participation au Final Four et sur un ultime titre est idéal. L’homme de 39 ans voulait surtout s’éviter la saison de trop. « Pour le moment je ne réalise pas trop. Là, c’est juste la suite d’une longue saison. Je prendrai conscience que c’est la fin au mois de septembre je pense. »

à lire aussi :
Episode 1 : Le transfert qui a tout changé
Episode 2 : Les retrouvailles enchantées avec le Fenerbahçe
Episode 4 : Après carrière et héritage : la famille d’abord




















