[Depuis Athènes]
Au terme d’une finale époustouflante d’intensité et de talent, l’Olympiakos retrouve enfin le toit de l’Europe 13 ans après la bande à Spanoulis, en triomphant d’un Real héroïque (92-85). MVP du Final Four, Evan Fournier rafle le plus grand, le plus beau, le plus fort titre de sa carrière. C’est aussi la fin de la malédiction des premiers de saison régulière.
Il y a trop longtemps qu’il se trouvait du mauvais côté de l’histoire. La saveur du bronze ou de l’argent avait trop tourné dans son palais. Mais cette nuit du 24 mai 2026, Evan Fournier a conjuré le sort : le voilà avec l’or autour du cou, le trophée de club le plus prestigieux du basket européen dans les bras. « J’ai beaucoup de sentiments, nous confiait le héros du soir, quelque heures après la rencontre, après être redescendu – un peu – de son nuage. Ça n’efface pas tout ce que j’ai vécu, mais je suis fier de pouvoir donner ces émotions à ma mère, la voir pleurer, à ma femme. Je suis content de leur donner ça. Je suis content de donner ça à tout ce peuple. C’est dingue. »
Et pour couronner le tout, il devenait le deuxième Français de l’histoire à être nommé MVP du Final Four, dix ans après… Nando De Colo, son frère d’armes en Bleu, qu’il avait mis à la retraite à contre-coeur deux jours plus tôt. Avant même l’annonce du lauréat, le public avait d’ailleurs déjà fait son choix, les ‘ohé ohé ohé Fournier’ n’en finissant plus de descendre des tribunes.
Après trois médailles d’argent et trois médailles de bronze avec l’équipe de France, une 3e place frustrante au Final Four la saison dernière, la barbe la plus mythique du basket tricolore se retrouve sur le toit de l’Europe. « Je sens qu’on aurait dû gagner l’an passé, réagissait-il en quittant le parquet, trophée sous le bras. Mais parfois ça parait être le destin. Je crois que c’était écrit qu’on devait gagner aujourd’hui. »
UN COUP DE CHAUD SALVATEUR
Cette envie de gagner, c’est l’arrière francilien lui-même qui l’a insufflée à l’Olympiakos ce dimanche. A cinq minutes de rentrer aux vestiaires pour la pause, le Real, porté par un Trey Lyles exceptionnel, choquait l’assistance en faisant la course en tête… Puis Evan décida de prendre sa plume pour écrire l’histoire. « C’est un ressenti, décrivait le MVP, fatigué, le soir de la victoire. Tu sens que les gars commencent à regarder à droite, à gauche. Tu sens qu’ils commencent à avoir plus de pression. Moi, je suis là pour ça. C’est mon job. Je n’ai jamais reculé devant ce genre de challenge. »
Car s’en suivit un récital du Frenchy, qui offrit 16 points d’affilée avant la mi-temps pour redonner l’avantage à un Pirée jusque-là endormi : 11 vinrent directement de sa main, 5 du bras d’Alec Peters parfaitement servi par son n°94 à deux reprises. Un coup de chaud hallucinant, qui ne manqua pas d’embraser un théâtre acquis à sa cause.

En revenant pour le second acte, Fournier n’avait plus qu’à filer tout droit vers sa destinée, et, avec, celle de tout l’Olympiakos. Cette Oaka tout de rouge vêtue était bien le signe que quelque chose de surnaturel se produisait… Malgré des Andres Feliz et Mario Hezonja irrésistibles, les Rouges sortaient vainqueur de cet ultime quart-temps de la saison qui restera dans la légende. Là encore, à coup de gros shoots et de lancers-francs précieux, c’était Evan Fournier qui s’occupait de remettre le peuple rouge sur le droit chemin.
« ÇA VA ME FAIRE PASSER DANS UNE AUTRE DIMENSION »
Et c’était bel et bien les malédictions de l’Olympiakos qui se brisaient finalement. Celle du premier de saison régulière, qui soulève enfin le titre final pour la première fois depuis l’instauration du nouveau format de la compétition il y a dix ans. Celle de l’Olympiakos, malheureuse durant tous ces Final Four successifs, et toutes ses saisons de haut-vol jamais récompensées… Treize après, le Pirée remporte à nouveau l’EuroLeague. Les Fournier et Vezenkov de 2026 succèdent ainsi au Spanoulis et Printezis de 2013. La terre de l’Oaka est définitivement profanée.
Classe jusqu’au bout, Fournier pensait d’abord à saluer ses adversaires du soir lorsque le buzzer final retentissait, avant de se précipiter devant le kop pour brandir le poing. « Les supporters me donnaient déjà beaucoup avant. Là, le fait qu’on gagne, je pense que ça va me faire passer dans une autre dimension ici. À l’Oaka, en plus… C’était une opportunité qu’on ne pouvait pas rater. Je suis vraiment content de pouvoir leur donner ça. »
Cette finale 2026 n’est pas venu livrer le titre d’une saison, il a couronné une carrière entière, celle d’Evan Fournier, le vainqueur. Elle a aussi couronné une aventure longue de plusieurs années pour l’Olympiakos. Une victoire comme consécration d’un groupe qui est sans doute le plus grand artisan du basket européen en ces temps-ci.
La finale au bout de laquelle le Pirée a conquis son quatrième sacre continental restera parmi les plus belles de l’histoire, avec un Real héroïque, sans pivots, qui a poussé cet Olympiakos à prouver sa valeur mentale. On doutait d’elle jusqu’à aujourd’hui… jusqu’à ce glorieux 24 mai 2026. Et c’est peut-être bien là qu’est l’impact de notre Evan Fournier national.
à lire aussi : « On joue pour ce maillot » : Théo Maledon, digne du Real Madrid malgré la défaite en finale





















