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« Je suis resté en très bons termes avec l’Asvel », Pierric Poupet revient sur son arrivée au Paris Basketball

Pierric Poupet retrouve l'Asvel. (Photo Asvel)

A peine sorti du placard, le costume de Maxime Lefèvre a bien souffert. Jeudi soir dernier, dans les vestiaires euphoriques de l’Adidas Arena, la tenue ne résistait pas à la douche que les joueurs parisiens infligeaient à leur entraîneur, célébrant un succès fondateur face au Zalgiris Kaunas de Carsen Edwards et Jonas Valanciunas. Et pour cause, ce soir-là, l’ex-analyste vidéo des Minnesota Timberwolves fêtait la première victoire en EuroLeague dans sa jeune carrière de coach principal.

Mais à ses côtés, le novice du Paris Basketball pourra compter cette saison sur un homme qui compte déjà quelques succès dans la plus grande compétition européenne. Quelques exploits glanés pendant deux saisons et demi aux commandes d’une Asvel alors modeste en moyens. Un expérience précieuse pour le club. Pour EuroLeague France, Pierric Poupet a accepté de revenir sur son nouveau rôle dans la Capitale, à quelques jours de ses retrouvailles avec son ancien club et son président, Tony Parker, qui l’a depuis remplacé sur le banc de l’Asvel. Entretien exclusif.

En avril dernier, avant le dernier match de la saison d’EuroLeague, vous nous confiez ceci : « on ne sait jamais quand on aura la chance de coacher son prochain match en EuroLeague ». C’est finalement revenu assez vite pour vous…

C’est vrai, je m’en rappelle très bien. Je ne pensais pas à ce moment-là me retrouver en EuroLeague l’année d’après. Ce n’était pas forcément un objectif pour moi. J’ai envie de profiter de chaque match comme il se doit.

On vous a longtemps annoncé comme entraîneur de Limoges durant l’été. Comment en êtes-vous arrivé à intégrer le staff du Paris Basketball ?

Les échanges avec Limoges avaient été bons, mais pour différentes raisons, ça ne s’est pas fait. Ensuite, j’ai eu pas mal de contacts cet été, j’avais très envie d’avoir une expérience à l’étranger. Je trouvais que c’était le bon moment. Donc j’ai eu des contacts avec certains clubs et notamment un club d’EuroLeague, pour être coach principal, mais qui a finalement privilégié une autre option. En parallèle, j’avais eu des échanges assez tôt avec David Khan, pas forcément pour une collaboration : on avait juste échangé comme ça entre deux matchs et on était resté en contact. À partir du moment où il a signé Maxime Lefèvre, il m’a rappelé et m’a fait cette proposition-là. J’en ai discuté avec Maxime et on a pensé que ça pouvait être une bonne chose de travailler ensemble.

Vous n’avez pas senti ce retour comme assistant coach comme une régression dans votre carrière ?

Non. Je ne pense pas qu’il soit dégradant pour quelqu’un qui a déjà été coach principal de rebasculer sur une position d’assistant. A l’image de Vincent Collet, dans un contexte différent. Ça ne veut pas dire non plus que j’en ai assez de coacher et que je souhaite être assistant toute ma vie. C’est tout simplement une conjoncture. A court terme, je trouvais que c’était une bonne option pour moi. Je reste au contact du haut niveau, je vois une méthode différente. Je peux amener quelque chose et je peux aussi en en tirer des bénéfices. Certes, tout a été très rapide pour moi, jusqu’à devenir coach principal en EuroLeague, mais il ne faut pas oublier que je n’ai que 42 ans et que c’est un début de carrière pour moi. J’espère bien que je vais encore apprendre des choses.

« Paris, je trouvais que c’était une bonne option pour moi. » (Photo Paris Basketball)

Quel est votre relation avec Maxime Lefèvre sur ce début de saison ?

Je suis là pour lui faire gagner du temps dans son apprentissage. Lui donner des choses que je n’avais pas eu la chance d’avoir lorsque j’avais pris le rôle de coach principal à l’Asvel en 2024. L’expérience, je me l’étais faite tout seul. Et puis, le but est aussi de compléter sa volonté de proposer un jeu offensif qui s’approche plus du jeu NBA.

C’est vrai que d’un point de vue coaching, il y a une identité de jeu très forte à Paris ces dernières années. L’objectif est-il de poursuivre dans cette lignée ?

On a très envie de continuer à jouer aussi vite que les précédentes années. C’est-à-dire, plus vite que ce qu’on est en train de faire en ce moment. Pour l’instant, on n’est pas vraiment satisfait. C’est logique d’avoir une période d’adaptation, mais la volonté de courir et de produire un jeu spectaculaire est toujours là. C’est une volonté de la direction. C’est une volonté de notre part aussi. On va insister dessus, tout en se calquant sur le jeu européen.

Mercredi, vous allez retrouver l’Asvel. Quel souvenir gardez-vous de votre temps là-bas ?

Un très bon souvenir. C’est cinq ans de ma vie, et c’est une opportunité rare d’avoir cinq ans dans une même ville, lorsqu’on a ce métier de coach. J’étais arrivé par la toute petite porte. Et puis il y a eu des situations difficiles pour le club qui m’ont amené à devenir l’entraîneur principal. Ça a été un apprentissage accéléré. Ça a été humainement parfois très difficile, surtout sur la dernière année. On peut en garder le positif comme le négatif. Moi, je choisis de garder le positif. J’ai rencontré des personnes très bien. Ma famille a été heureuse à Lyon pendant cinq ans.

« Je trouve Tony Parker plutôt à l’aise dans ce costume de coach.
Je pense qu’il a tout ce qu’il faut pour devenir un bon entraîneur. »

Que souhaitez-vous à l’Asvel ?

Je souhaite que l’Asvel reste une locomotive pour le basket français. Il y a des hauts et des bas, comme dans toute entreprise. Moi, j’ai connu une période qui n’était pas la plus faste… ce n’est pas grave, c’est aussi pour ça que j’ai eu accès à certaines choses. Aujourd’hui, il semblerait qu’ils aient un peu plus de moyens maintenant pour retrouver les sommets. Moi, j’ai vécu la fin de l’ère d’avant, et maintenant je leur souhaite le meilleur, bien sûr.

Tony Parker a été votre président. Que vous suggère son choix de devenir coach ?

Au départ, ça peut paraître surprenant comme démarche, mais Tony a passé sa vie à casser les codes. Je le trouve plutôt à l’aise dans ce costume-là. Et il ne dénote pas : dans la posture, il a vraiment d’être un entraîneur d’EuroLeague. Je pense qu’il a tout ce qu’il faut pour devenir un bon entraîneur. Maintenant, il a besoin de temps. Il a une expérience immense de joueur, mais pas en tant que coach. Il peut être un formidable accélérateur aussi de croissance pour l’Asvel comme pour le basket français. Malgré le retour sur terre de cet été, je suis convaincu que Tony n’aura rien perdu de ses objectifs initiaux

En quels termes êtes-vous resté avec Tony Parker ? Avec l’Asvel ?

En très bons termes. J’ai encore beaucoup de contacts avec les personnes de l’Asvel. Parfois, j’ai l’un ou l’autre au téléphone. Avec Tony, non. Parce que Tony était mon président, on n’a jamais été amis, ce n’est pas comme ça que notre relation devait être. Je l’ai simplement félicité pour sa première victoire en Euroleague. C’est tout. Il n’y a pas de rancœur ni de haine. J’ai eu la chance de participer pendant cinq ans à la vie d’une organisation telle que l’Asvel. J’ai tourné la page et je l’ai remercié pour les années passées.

« Je garde un très bon souvenir de mon temps à l’Asvel » (Photo Ilan Allouche / Infinity Nine Media)

Comment avez-vous vécu vos derniers mois sur le banc de l’Asvel, en sachant que Tony Parker allait reprendre le poste ?

Je n’ai jamais subi de pression. J’étais en fin de contrat aussi, on ne m’a pas viré. La volonté de Tony de coacher impliquait en effet que je ne fasse plus partie du projet. Mais il m’avait fait part de ses projets très en amont.

On imagine que ce match face à l’Asvel vous tient à cœur…

Evidemment. De manière générale, les matchs d’EuroLeague, ça aura toujours une importance particulière. On n’est pas différent des joueurs, on a aussi cette excitation supplémentaire. Là, particulièrement avec l’Asvel. Je vais essayer de donner un maximum de choses, et j’ai très envie de repartir avec la victoire.

Le Paris Basketball a des objectifs élevés pour cette saison. Et vous, personnellement, quelles sont vos ambitions avec ce club ? Jusqu’où voulez-vous aller ?

Je n’en ai aucune idée. J’ai appris avec le temps que faire des plans ne servait parfois pas à grand-chose. Je ne suis jamais arrivé à l’Asvel en me disant que j’allais être coach principal un jour. Et la vie en a décidé autrement. J’ai juste envie, pour l’instant, de vivre une belle saison. Ce serait génial de gagner un titre, j’ai envie d’y participer. Je sais aussi qu’on a énormément de chemin encore à parcourir. La suite, on verra, je ne m’inquiète pas du tout.

Raphaël Habrard

Journaliste pour EuroLeague France. Fan de l'Olympiakos et de Mathias Lessort. Fan de l'Asvel et des clubs français qui marchent bien en EuroLeague. T'façon le basket c'est de l'art.

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