Loin des effectifs remplis de stars, Valencia réalise une saison tonitruante en EuroLeague et reste solidement accroché au podium, à dix journées de la fin. Une salle incroyable, un coach au sommet de son art, une culture hors-pair,… les raisons d’une surprise.
L’image a fait le tour de l’Europe : le MVP d’EuroLeague Vasilie Micic à terre, foudroyé par le step-back de la révélation Jean Montero qui venait transpercer la ficelle dans la foulée. L’homme qui avait les genoux au sol valait 6M d’euros par an. Soit, à lui seul, les deux tiers de ce qu’empoche l’équipe d’en face dans son intégralité. Cette équipe, c’est Valencia et c’est bien elle qui repartira avec la victoire ce soir-là pour monter sur le podium d’EuroLeague.
Entre cet Hapoël Tel-Aviv au président dépensier, et le Dubaï Basketball de toutes les démesures, Valencia était de loin le plus discret des nouveaux venus pour cette nouvelle campagne d’EuroLeague. Mais le plus rôdé également.
Habitué aux allers et venues entre EuroCup et EuroLeague, les Oranges semblent bien avoir la couleur de l’EuroLeague. Le club espagnol signe une campagne tonitruante dans la compétition reine. « Le plus surprenant, c’est qu’ils tiennent aussi longtemps », nous confie Natxo Andreu, journaliste local et animateur du podcast ‘’1, 2, 3 Valencia’’.
Car voilà, les journées passent, la saison défile et le miracle valencien se poursuit. À 10 matchs de la fin, ils pointent (encore) à la troisième place du classement. « Maintenant, j’ai la sensation qu’on peut tenir jusqu’au bout », poursuit Natxo.« Forcément, je pense qu’on va commencer à subir plus de défaites que jusqu’à présent. Mais on a passé ce redoutable mois de janvier avec énormément de match, et l’équipe est encore en bonne forme. Là, on arrive à un point de bascule dans cette saison. »

Une licence de trois ans dans la poche, et dans les discussions pour devenir membre de la compétition, Valencia est en train de convaincre toute l’Europe. Interrogé par EuroLeague France, Antoine Rigaudeau, ancien de la maison aujourd’hui basé à Valencia, y voit l’accomplissement de tout un projet : « Ces résultats tombent au bon moment pour un club qui, depuis une quinzaine d’années, essaie de se structurer pour évoluer au plus haut niveau européen, avec une identité propre. » Cette fois, l’institution pourrait bien s’implanter à long-terme dans le paysage de la grande compétition du continent.
Chapitre I – La Roig Arena : une salle digne des plus grands
« La première fois que je suis rentré dans la salle, ça m’a fait pensé aux salles NBA. » Les mots de Natxo Andreu ne trompent pas, Valencia tient un outil pour jouer dans la cour des grands. Sortie de terre en septembre, la Roig Arena, 15 000 places, est l’une des clés du succès des Oranges. Le club est la deuxième meilleure équipe à domicile cette saison, avec un bilan de 12 victoires pour 2 petites défaites, dont une, à huis-clos, contre l’Hapoël Tel-Aviv. Jusque-là, seul Monaco est parvenu à frustrer le public local.
« Il y avait beaucoup d’attentes. Les premiers matchs là-bas, c’était magique », reprend notre confrère espagnol. « Des fans étaient réticents à l’idée de construire cette salle, à cause du coût, mais tout a été bien fait. Aujourd’hui la Roig Arena attire encore plus de monde, même des gens qui n’étaient pas forcément intéressés par le basket. »

L’engouement suscité par la nouvelle salle est total, et les perspectives qu’elle offre permettent au club d’élever le regard. Propriété du président Juan Roig, l’Arena est déterminante pour l’avenir. « L’EuroLeague nécessite de mettre énormément d’argent sur la table chaque année », décrypte Natxo Andreu. « Alors on se posait la question de la viabilité de notre modèle économique, comment on allait tenir à long-terme ? Il fallait trouver des moyens d’auto-financement et la salle est arrivé au bon moment. On est passé de 7 000 à 11 500 socios (supporters-actionnaires), ce qui est extraordinaire. Et avec le temps, les propriétaires vont encore optimiser l’utilisation de l’Arena. »
Chapitre II – Pedro Martinez : la surprise de tous les instants
En décembre, Evan Fournier twittait : « regarder Valencia, c’est comme regarder une version améliorée du Paris Basketball 2024-2025 ». La comparaison est toute trouvée. La vitesse, le run and gun, le jeu en transition,… Tout dans le style de Valencia rappelle la folie parisienne de la dernière campagne, « mais ils ont plus de joueurs dangereux que n’en avait le Paris Basketball », nuance Antoine Rigaudeau. « Ils ont plus de rotation et les intérieurs participent aussi au jeu. »
« Lors de sa première conférence de presse, Pedro Martinez avait donné comme premier objectif que l’équipe donne du plaisir à son public. »
Antoine Rigaudeau
Les Valenciens sont ainsi la deuxième équipe d’EuroLeague qui joue le plus de possessions, juste derrière… le Paris Basketball. Avec un classement légèrement différent toutefois. La figure locale, l’entraîneur Pedro Martinez, avait d’ailleurs subtilement recruté dans son staff en 2024, Adrian Kovacs, ancien assistant de Tuomas Iisalo au Paris Basketball. « Le danger vient de partout », poursuit Rigaudeau. « Et comme c’est une équipe qui vient d’EuroCup, les adversaires se mettent peut-être moins la pression en les affrontant, et l’effet de surprise est d’autant plus grand. »
Valencia parvient à emballer les rencontres et surprendre ses adversaires pour l’emporter, pour la plus grande joie de la Roig Arena. « Une chose m’a marqué lors du retour de Pedro Martinez au club en 2024, lors de sa première conférence de presse : il avait donné comme premier objectif que l’équipe donne du plaisir à son public. Il avait parlé du jeu avant de parler de titres », se souvient Le Roi. Pour l’instant, la méthode de Pedro Martinez, ce « fou de l’entraînement » selon Natxo Andreu, fait mouche.
Chapitre III – Une culture de l’effort, loin des stars
Vu l’absence de stars dans l’effectif, les résultats ont de quoi surprendre. Mais c’est là tout le secret. « C’est une question de philosophie, assure Natxo Andreu. Le propriétaire Juan Roig pourrait avoir le plus gros budget d’EuroLeague chaque année, mais ce n’est pas l’esprit du club. » En 2026, la fortune du président espagnol, patron de la chaîne de supermarchés Mercadona, est estimé à 10 Md de dollars. « Il y avait une époque, au début des années 2000, où la stratégie du club était de recruter les meilleurs joueurs », poursuit notre confrère. « Mais ça ne fonctionnait pas. »

Alors le président prit un virage à 180°. C’est là que la culture valencienne est née, la « culture de l’effort ». « Le club cherche les joueurs qui peuvent paraître moyens mais qui ont un potentiel. Le but est de les rendre meilleurs grâce au travail et à l’entraînement, et en suivant un projet clair. »
Aucune tête ne dépasse, et Pedro Martinez a sous la main un groupe d’homme homogène pour travailler. Les pépites se révèlent à mesure que les Oranges poursuivent leur aventure sur les hauteurs du continent. « Et puis la star, elle est déjà là, c’est Jean Montero », conclut Natxo. Le meneur dominicain a déjà mis l’Hapoël Tel-Aviv et son MVP à terre. Parviendra-t-il à faire de même contre les autres grands de l’EuroLeague ? « Il y a quand même des signes très positifs. La lutte est acharnée mais je pense qu’ils ont tout à fait la possibilité d’accrocher au moins le top 6 pour se qualifier directement en play-offs », prédit Antoine Rigaudeau.
Le club n’a connu qu’une seule fois la joie d’un quart de finale dans la compétition reine, en 2010, mais n’a encore jamais goûté à la saveur d’un Final Four. À Valencia, ce qui était hier un rêve devient jour après jour un objectif.























