[Depuis Villeurbanne]
Venu à l’Asvel avec la lourde charge de combler le départ de la légende Nando De Colo, le Colombien Braian Angola a déjà montré l’étendue de son talent sur ses premiers matchs. L’arrière est revenu pour nous sur sa découverte de l’EuroLeague et sa mission de pionnier pour le basket colombien. Entretien exclusif.
C’est après une matinée d’entraînement, veille d’un match contre le Panathinaïkos, que nous rencontrons Braian Angola à l’Astroballe. Alors que nous sommes assis sur le bord du terrain en plein échange, un ballon vient jusqu’à nous après un tir ricoché sur le cercle du jeune Adam Atamna qui prolonge la séance. La recrue se lève aussitôt, prend instinctivement la balle dans ses pieds pour enchaîner quelques jongles avec une grande agilité avant de rendre le cuir au rookie, toujours sans les mains. « Je suis Colombien, bien sûr que j’aime aussi le foot », nous lance Braian. « D’ailleurs, vu que je suis à Lyon, il faudra que j’aille voir des matchs de l’Olympique Lyonnais. Il n’y a pas encore eu de joueurs colombiens à l’OL je crois, mais j’espère qu’il y en aura bientôt », termine-t-il en riant avant de se rassoir et de reprendre l’entretien.
Il est vrai que dans un pays où le football est roi et le basket reste encore très peu présent, le choix de Braian Angola peut paraître comme une anomalie. Mais aujourd’hui, il est un véritable pionnier de la balle orange en Colombie, et brille désormais sur les parquets d’EuroLeague, la deuxième meilleure compétition du monde. Témoignage.

« Je suis né et j’ai grandi à Villanueva, une petite ville de 20 000 habitants, dans le département de Casanare, à l’est de Bogotá. Quand j’étais petit, j’ai fait un peu tous les sports : football, cyclisme, natation, athlétisme… Le basket, ce n’était pas le sport que j’aimais le plus, mais papa et maman en jouaient, donc j’ai eu l’occasion de commencer. Puis j’ai vu que j’aurai des opportunités, et que le basket me donnerait la possibilité d’entrer dans une université plus tard, ce qui soulagerait mes parents financièrement. Alors c’est à l’âge de 13 ans que je suis parti seul de ma ville natale pour aller dans une plus grande ville, Villavicencio, à trois quatre heures de route, pour jouer. C’est là que j’ai commencé à devenir un meilleur joueur de basket et que c’est devenu sérieux.
Aujourd’hui, je suis en EuroLeague, ça me rend fier. C’est une compétition tellement relevée, c’est la deuxième meilleure du monde derrière la NBA. Pouvoir y représenter mon pays, c’est quelque chose de très important pour moi. Après Juan Palacios (Rytas Vilnius), je suis seulement le second Colombien de l’histoire à jouer en EuroLeague. Quand on dit « Colombie » aux gens, tout le monde pense au football. Alors de pouvoir être un représentant dans le basket, c’est une fierté. J’espère ne pas être seulement le deuxième Colombien à jouer en EuroLeague, mais le deuxième d’une longue liste de Colombiens qui arriveront jusqu’ici plus tard.

Le basket en Colombie est en train de grandir. C’est cliché de dire qu’en Colombie, il n’y a que du foot. Non, il y a aussi du basket. En fait, il y a plein d’autres sports où la passion est forte, plein d’autres sports qu’il faut soutenir.
Dans ma ville natale, j’ai créé une fondation il y a quatre ans avec ma mère. On accompagne 180 enfants, qui viennent pour jouer au basket, mais pas seulement. Ils ont des nutritionnistes, des psychologues, des médecins, etc. On leur fournit leur tenue, leurs chaussures, tout ce qui leur est nécessaire pour jouer au basket. La seule chose qu’on leur demande, c’est d’aller chercher des bonnes notes à l’école, s’ils veulent faire partie de l’équipe. C’est un projet qui me tient à cœur et qui me rend fier.
« Ça fait sept ans que je suis en Europe mais que je change d’équipe chaque année.
J’aimerais trouver l’équipe où je pourrai me poser pour le reste de ma carrière. »
C’est très important d’être un exemple pour les enfants qui envisagent le basket comme leur futur, comme un moyen de vivre. Pour une personne comme moi, qui vient d’une petite ville, arriver jusqu’en EuroLeague, c’est fou. Je veux que tous les enfants qui sont là-bas voient que c’est possible. C’est ce qui me motive pour venir travailler tous les jours.
« J’ESSAIE D’ÊTRE UN LEADER »
À Lyon, je me sens très bien. Tous mes amis qui sont venus dans cette ville m’en ont parlé en bien. Le club m’a accueilli comme si j’étais un nouveau membre de la famille. Je suis très heureux d’avoir cette opportunité. Les discussions pour venir ont été très rapides. Avec mon agent, on s’était toujours dit qu’on chercherait de meilleures options pour profiter un peu plus du basket encore. Et quand on a entendu ce que l’Asvel m’a proposé, c’était quelque chose de très important. C’est une grande équipe en France, avec tant de titres, c’était parfait pour passer un cap dans ma carrière.

Ça fait sept ans que je suis en Europe, mais je change d’équipe chaque année pour essayer de monter en niveau à chaque fois. J’ai 31 ans, j’aimerais trouver l’équipe où je pourrai me poser pour le reste de ma carrière, et je crois que l’Asvel est une opportunité importante pour moi.
Mais d’abord, je me concentre sur les objectifs : gagner des matchs en EuroLeague, essayer de gagner des trophées en France. On a des joueurs importants, un staff très bon. J’espère pouvoir aider cette équipe. Je suis un joueur très versatile, qui peut jouer à différents postes. Ces premières belles perfs, elles viennent de la confiance que me donnent tous mes coéquipiers, le coach et tout le staff. Cette confiance est très importante pour moi. Je crois que je peux apporter toute mon expérience de l’Europe et ma capacité de jouer.
J’aime beaucoup parler à mes coéquipiers, c’est ma personnalité. J’essaie d’être un leader, quelque soit la manière. Quand j’étais jeune, j’appréciais quand les cadres venaient me parler, alors j’essaie d’aider les jeunes à mon tour. Mes coéquipiers croient en moi, et ils m’écoutent. »
Un immense merci à Braian Angola de s’être confié à nous !























