Intouchable pendant une bonne partie de la saison, le Fenerbahçe montre des premiers signes de faitgue et lâche plusieurs matchs.. Alors que la place de leader de la saison régulière leur tendait les bras, la malédiction qui va avec, se met guetter les hommes de Sarunas Jasikevicius.
Dix ans qu’elle sévit en EuroLeague. Dix ans qu’elle frappe chaque équipe qui se croit trop belle d’octobre à avril, qui traverse – trop – tranquillement les mois de la saison régulière. Année après année, la malédiction des premiers d’EuroLeague prend encore un peu plus d’ampleur : depuis 2016 et la nouvelle formule de la compétition, aucune équipe ayant terminé la saison régulière à la première place n’est parvenue à remporter le titre suprême. Jamais la meilleure équipe d’Europe pendant l’année n’est parvenue à confirmer en phase finale. Et voilà qu’aujourd’hui, ce mal guette le Fenerbahçe.
Il y a encore trois semaines, le champion en titre paraissait intouchable. La bande à Sarunas Jasikevicius compilait une 19e victoire de suite, entre la Turquie et l’Europe. Nando De Colo, arrivé mi-janvier, n’avait toujours pas connu la défaite deux mois après. En EuroLeague, il y avait le Fener et les autres. Le back-to-back c’était tout droit…

Le retour sur terre eut lieu à Belgrade. Dans une Arena survoltée, les Stambouliotes voyaient rouge contre le Red Star. Même chanson contre les Reds de l’Olympiakos, déchaînés dans le sillage d’un Evan Fournier record à 36 points. Après avoir furtivement retrouvé la victoire contre Milan, le Fener négociait bien mal sa dernière double-week, laissant le Maccabi et le Zalgiris lever les bras au buzzer final.
« Un signe de fatigue ? certes. De l’inquiétude ? ça n’a pas lieu d’être, temporise Alain Digbeu, l’ancien international aujourd’hui basé à Istanbul. On parle du leader. On parle d’une équipe qui joue extrêmement bien collectivement et qui a surtout la meilleure défense de la ligue. C’est sûr qu’en gagnant 19 matchs de suite, au bout d’un moment tu y laisses des plumes et de l’énergie. Donc ce qu’il se passe, jusqu’ici, c’est normal. »
SARUNAS JASIKEVICIUS EN MISSION
Quatre défaites en cinq matchs, Nando n’a pas quitté l’Asvel pour ça… Alors forcément, à deux mois du Final Four, les doutes resurgissent pour le Fener. Et la fameuse malédiction du leader de refaire son apparition dans les discussions. Car le coup de mou des Jaune et Bleu n’est pas sans rappeler le parcours de leurs malheureux prédecesseurs.
L’an passé, l’Olympiakos régnait en maitre puis enchaînait les défaites sur le mois de mars. Avant d’être impuissant contre Monaco en demi-finale à Abu Dhabi. Il y a deux ans, le Real avait commencé sa saison par dix victoires de suite, puis affichait un bilan tout juste à l’équilibre en fin de campagne. Avant d’être renversé par le Panathinaïkos en Finale à Berlin.
« Nando De Colo, c’est deux voire trois niveaux au-dessus d’Errick McCollum. »
Alain digbeu
« Cette première place soulève beaucoup de questions au vu des dernières années, reprend Alain DIgbeu. Mais on ne parle pas vraiment de cette malédiction à Istanbul. Je ne suis pas sûr que cela inquiète beaucoup Jasikevicius. Je pense même que Saras se fait un malin plaisir à y penser. Il doit attendre d’être le premier à briser cette série. »
NANDO DE COLO, LE MAGICIEN PARFAIT POUR CONJURER LE SORT ?
Libéré depuis qu’il a conquis sa première couronne européenne en tant que coach en mai dernier, la légende lituanienne est en mission cette saison pour briser la malédiction. Et quoi de mieux que de s’entourer d’un magicien pour conjurer le sort ? « Tout le monde était très content de revoir Nando sous les couleurs du Fener. Lui-même l’a dit, s’il doit boucler la boucle, c’est ici », raconte Alain Digbeu.
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Comme avec Errick McCollum la saison passée, engagé à la mi-saison pour mener le club stambouliote au titre malgré ses 37 printemps, le Fener a trouvé son vétéran pour montrer la voie dans le sprint final. « On voit bien que Saras a besoin de cette dose d’expérience qui peut faire la différence dans les matchs couperets, poursuit l’ex-international aux 92 sélections en équipe de France. Sauf que là on parle de Nando De Colo, qui est deux voire trois niveaux au-dessus de McCollum. L’association avec Wade Baldwin fait rêver, et le retour de Nicolo Melli va encore plus ouvrir d’espace pour lui. »

Artisan du come-back face à Milan grâce à 16 points, puis auteur de 26 points contre le Maccabi, le Maestro a prouvé qu’il pouvait encore jouer un rôle majeur chez le principal favori au titre, à 38 ans. En route vers sa troisième couronne européenne, il peut compter sur un Wade Baldwin calibre MVP, un Talen Horton-Tucker déchaîné et un Tarik Biberovic en feu cette saison. Devon Hall revient après quelques semaines d’absences et Nicolo Melli, si central dans le small-ball de Sarunas Jasikevicius, devrait faire lui-aussi son retour, courant avril. « Le Fenerbahçe reste le principal favori avec l’Olympiakos. Mais je donnerais l’avantage au Fener en cas de nouvelle confrontation entre ces deux équipes », conclut Digbeu.
La jungle EuroLeague n’a jamais été aussi dense. Mais s’il y a bien une équipe qui peut tout rafler, c’est elle. S’il y a bien une équipe qui peut mettre fin à la malédiction, c’est elle.
Mais on disait de même pour l’Olympiakos l’an passé. On disait de même pour le Real il y a deux ans. On disait de même pour l’Olympiakos il y a trois ans. Etc.





















